L'interview de Fabien Barel

Entre les coupes du monde de DH et d'enduro (EWS) sur lesquelles il supporte “ses” pilotes Canyon, tous les vélos et équipements sur lesquels il travaille avec ses partenaires, ses nombreux autres projets, les quelques courses de vélo et motocross auxquelles il participe, et accessoirement sa vie de famille, il est indéniablement l'un des “retraités” les plus occupés du monde du VTT. Et pourtant, le triple-champion du monde peillois a tout de même pris le temps de répondre aux 10 questions de 1001sentiers.

CV NÉ EN 1980 PALMARÈS 3 TITRES DE CHAMPION DU MONDE DH (2 JUNIOR, 2 ELITE), 7 TITRES DE CHAMPION DE FRANCE DH (1 CADET, 1 JUNIOR, 5 ELITE), 2 VICTOIRES EWS

Interview réalisée en octobre 2019, quelques heures avant le Trophée Enduro des Nations où Fabien Barel s'est imposé dans la catégorie Industrie avec ses coéquipiers du Team Julbo Eyewear : Jérôme Clémentz et François Bailly-Maître.

Salut Fabien, comment ça va ?

Ca va plutôt pas mal. Après cette superbe année en EWS et sur les coupe du monde de DH, on finit la saison par le Trophée Enduro des Nations, sur un site comme d'habitude exceptionnel, à Finale Ligure. Pour le reste, tout va très bien : la famille, les projets pro, la forme... Une belle vie d'après-carrière comme on dit !

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Fabien à l'attaque sur la piste de Peille, où il a forgé son pilotage et débuté sa carrière.

Avant de reparler de tout ça, dis-nous donc quel est ton spot favori dans nos chères Alpes-Maritimes ?

Pour moi, c'est la maison : Blausasc, la marne, les terres grises, les rides et le freeride qu'on a pu y faire. C'est vrai qu'on a une diversité magique dans les Alpes-Maritimes, mais malgré tout, les canyons qui m'ont vu grandir et m'ont appris à piloter, sont particulièrement chers à mon cœur.

Et dernièrement, un ride qui t'a particulièrement marqué ?

Puisque que je te réponds depuis Finale Ligure, immédiatement je pense à la journée de recos du Trophée des Nations. On a monté un Team Julbo Eyewear avec Jérôme Clémentz et François Bailly-Maître, et hier on est allé rider un chemin hyper connu ici : Rollercoaster. Avec FBM, on roulait derrière Jey, qui connait le chemin par cœur, et je dois dire qu'on a engagé comme des cochons. Arriver à envoyer d'un virage à l'autre, à faire des transferts, et à avoir du dynamisme comme ça dans ce chemin qui n'arrête pas de tourner entre les arbres... C'était bien bon, ça m'a rappelé des moments de race qui étaient du pur bonheur. Encore un grand moment de vélo comme on les aime.

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Quelques jours avant Finale Ligure, Fabien roulait au pied du Cervin à l'occasion de la finale des EWS.

Avant de renfiler tes crampons à Finale, tu étais présent aux Mondiaux pour épauler tes pilotes et assister au sacre de nos champions azuréens.

Oui, c'était grandiose. On a effectivement eu la chance de voir en live nos Français rouler au sommet et Loïc s'imposer. Pour ma part, j'ai vécu ça avec toute l'équipe Canyon. C'était un engagement très fort, comme à mes grandes années de compétiteur. Avec tout le team on a livré une belle bataille, et Troy s'est super bien battu face à Loïc. D'ailleurs, à titre perso c'était particulier car il y a forcément un lien émotionnel très fort avec Loïc, car c'est un enfant du pays. Au final, ça s'est joué à quelques dixièmes entre ces deux-là, deux athlètes qui le méritent, qui bossent dur et qui comptent beaucoup pour moi. C'était un grand moment d'émotion comme sait si bien nous en prodiguer notre sport.

Est-ce que du coup, comme on dit, entre les deux ton cœur balance ? Car au-delà des Mondiaux, toute l'année les Frenchies ont livré un duel d'anthologie avec Troy. 

Ma place, je la trouve très facilement, je n'ai pas à choisir de camp entre les Français et Troy. Le patriotisme et le drapeau français sont très fortement ancrés en moi, évidemment, pour le sport mais pas seulement d'ailleurs. Je suis donc absolument ravi de voir Amaury, Loïc et Loris à ce niveau. Ils ont réalisé une saison exceptionnelle. Et dans le même temps, j'ai des engagements professionnels avec Canyon et je donne tout pour que Troy gagne. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que seul adversaire au final, c'est la montre. On ne se bat pas contre des Français, on se bat contre le chrono. C'est justement cela qui fait la beauté de notre sport et la convivialité qu'on y retrouve. 

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Entouré des deux meilleurs ennemis du circuit DH : Troy Brosnan et Loïc Bruni.

N'est-ce pas trop dur pour toi d'être sur le bord de la piste désormais ?

Si, c'est très dur, en particulier en descente, mais pas tant pour le manque, ce qui m'est difficile c'est voir les pilotes passer, les risques qu'ils prennent, a fortiori ceux avec qui j'entretiens un lien affectif. Il m'a fallu du temps pour m'y habituer et trouver la bonne justesse, autant dans mon rôle d'encadrement qu'émotionnellement parlant. Bien sûr, il y a des fois où j'aurais envie de prendre le vélo et d'aller rouler avec eux, mais le niveau a tellement évolué que je ne pense pas que je pourrais suivre longtemps, alors au final c'est un mal pour un bien, car c'est magnifique à voir.

En enduro, le problème ne se pose pas, puisque tes pilotes Canyon sont originaires du 06 (Florian Nicolaï et Dimitri Tordo). Comme en DH, les Azuréens (Flo, Dim, mais aussi Adrien Dailly ou encore Antoine Vidal dans le Var) sont au sommet de la hiérarchie mondiale EWS. Comment l'expliques-tu ?

Au niveau azuréen, c'est sûr qu'on est gâté en enduro. Je pense qu'on récolte aujourd'hui le fruit d'années de travail à tous niveaux, et d'une communauté fantastique qui a fait preuve de beaucoup d'engouement ces dernières années. Il y a eu énormément d'investissement au niveau local, de la part de nombreux acteurs : le comité régional, l'UCC, George et Mark Edwards, Fred Glo, Jean-Pierre Bruni, Christian Tabart, et bien sûr toi avec 1001sentiers qui as organisé l'Urge 1001 Enduro Tour, fédéré les organisateurs et soutenu les athlètes au travers des compétitions, mais au-delà toute la communauté de pratiquants, sur notre incroyable réseau de sentiers qui relient les montagnes à la mer, une formidable école de pilotage, d'entrainement et de plaisir. Merci pour ça, merci la Côte d'Azur, merci le VTT et merci à tous les gens qui nous ont soutenu et qui continuent à le faire. 

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Le travail paye : les pilotes enduro Canyon de Fabien trustent les podiums EWS.

Assez parlé des autres, quelles sont tes activités dans le monde du VTT aujourd’hui ?

En fait, mes activités ne sont pas très éloignées de ce que je faisais avant, si ce n'est que j'ai enlevé le volet compétition. D'une part, je suis très axé sur le développement des produits, en particulier avec Mavic, Canyon, Julbo et Ergon qui sont des partenaires de longue date. D'autre part, je m'occupe des équipes sportives et des athlètes. On choisit nos pilotes, on les prépare et on fait le pont entre la R&D et la race, ce qui est très important autant pour les riders (afin qu'ils puissent performer) que pour les marques (afin d'avoir de produits les plus aboutis). J'ai la chance de pouvoir vivre de ma passion, de participer à ces aventures passionnantes, et de continuer à me régaler dans ce sport.

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Bien qu'ayant mis un terme à sa carrière, Fabien reste un pilote et développeur hors pair. 

Et lorsque tu as un petit trou dans l'agenda, tu ne résistes pas à refaire quelques courses... En 2019 notamment, on t'a vu sur le NZ Enduro, l'Electro Portes du Mercantour ou encore le Trophée des Nations.

Effectivement, la compétition c'est comme une drogue pour moi, j'ai été piqué tout petit et j'ai du mal à m'en sevrer. La forme physique et la préparation technique ne sont plus forcément au rendez-vous, mais c'est toujours un pur plaisir de participer, et mon engagement reste intact dès que je suis au départ d'un chrono. J'espère pouvoir continuer encore longtemps à vivre ces moments.

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Fab et Dim sur le NZ Enduro, à l'hiver 2019.

Au final, que recherches-tu quand tu vas rider aujourd'hui ?

Le plaisir avant tout ! Je consacre beaucoup de temps aux marques : des réunions, du testing, du travail... Donc quand je peux aller rouler pour moi, c'est pour le plaisir, les émotions et le partage avec mes potes : l'essence et la quintessence du VTT.

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Session hivernale sur la piste de Mandelieu.

Merci Fab ! Bonne continuation et régale-toi bien sur nos sentiers !

Rendez-vous le mois prochain pour 10 questions à une autre figure du VTT azuréen...

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