Sacré Champion du monde élite en septembre dernier, promu N°1 du classement UCI, et récemment recruté par Specialized, Loïc Bruni est LE descendeur du moment, et en plus il est Azuréen. Ca méritait bien une petite interview pour prendre de ses nouvelles, discuter des émotions fortes de ces derniers mois, avoir ses impressions sur son nouveau vélo, et voir ce qu’il nous prépare pour 2016…

Texte : Greg Germain / 1001sentiers.fr
Photos : Dave Trumpore & Damien Rosso

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Nouvelle saison, nouveau team… et quel team ! Ca fait quoi de se dire que tu vas rouler pour la plus grande marque au monde ?

Ca me fait juste rêver ! C’est con a dire, mais quand j’ai su que Specialized s’intéressait a moi, j’ai été étonné, cette marque est emblématique du sport et surtout américaine, et le fait qu’elle s’intéresse a un petit Français ça me paraissait dingue. Même si Lapierre était une très belle marque avec qui nous avons réussi sur bien des tableaux, le côté international qui s’ouvre à moi et au team me séduit au plus haut point et c’est cette tournure que je souhaitais que ma carrière prenne.

Malgré tout, tu gardes les mêmes personnes autour de toi. Comment ça se goupille ?

Bien sûr, on a été sollicités comme jamais après l’Andorre, mais on avait aussi de très importantes décisions a prendre. J’étais lié contractuellement à Laurent Delorme (Pure Agency) qui gère le team, donc quoi que l’on fasse, la décision allait concerner le team entier. Donc de longues heures de chaque coté ont été passées pour prendre la meilleure décision. Lapierre ne désirait pas continuer, donc même si le vélo était très bon et que je n’avais fait qu’une seule saison dessus, il fallait oublier. Laurent m’a vraiment beaucoup écouté et on a beaucoup échangé sur les différents projets qui s’offraient à nous. Nous allons aujourd’hui chez une marque qui n’a pas besoin de nous pour gagner, ni pour vendre des vélos. Mais nous allons là ou nos yeux brillent et on est comme des gosses de rouler sur de tels vélos avec un aussi bon support derrière nous. Et surtout, comme tu dis, on y va tous ensemble. Meme si nos routes vont se séparer un jour ou l’autre, je pense que tout le monde au sein du team est content de se lancer dans cette nouvelle aventure ensemble. Et de mon point de vue, c’est une bonne chose que de garder certains repères humains à ce niveau là. On est devenu une famille et c’est beaucoup de plaisir de voyager et de travailler avec eux. Bien sûr, aujourd’hui, Jack et Laurent Delorme sont mes plus importants piliers. Loris sera toujours un ami, Extrain toujours un pote et surtout un très bon coach, Kevin et Finn de super team mates, mais nos routes sont plus vouées à se séparer un jour ou l’autre. En tout cas, ça me rassure de bouger avec ceux que je connais, et faire une transition en douceur est parfaitement adapté, Pure agency fait toujours l’interface avec Specialized, donc on ne passe pas du coq à l’âne non plus.

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Et ce Demo 8, ça donne quoi ?

C’est bien évidemment un excellent vélo, qui a déjà gagné avec Aaron Gwin et été sur-vite avec Troy Brosnan, donc objectivement le vélo marche, y’a pas besoin de discuter. Mes premiers tests on été étonnants : le vélo était “l’opposé” du Lapierre. On passe d’un vélo collé par terre, très stable et peu dynamique, à un vélo bien plus léger et dynamique, moins stable et fonctionnant plus dans l’efficacité que le confort, donc assez exigeant et joueur, mais un poil trop extrême à nos yeux. On a déjà commencé à bosser sur des évolutions qui vont plus dans notre direction, tout en gardant les avantages du Demo. Mais ce vélo est une balle et j’ai hâte de voir ce que ça dit en terme de chrono sur les races.

Te voilà donc armé pour aller défendre ton titre de champion du monde ?

Oui, on va avoir une pression différente cette année… On arrive avec de nouveaux partenaires, qui attendent beaucoup de nous, mais on a déjà été capable de belles choses alors j’espère que d’autres bons moments nous attendent. Le Spé est définitivement un vélo fait pour aller vite donc j’espère qu’on saura l’exploiter et gagner des courses avec. Ma saison 2015 a été énorme, avec quelques belles victoires, une belle régularité par rapport aux saisons passées, et surtout un tirage de bourre de fou avec Aaron, Greg, Josh, Troy et tous les autres. Donc je souhaite et je travaille pour que 2016 soit similaire, se faire de bons souvenirs, profiter de la chance qu’on a de voyager et de rencontrer des gens géniaux. Bien sûr essayer de décrocher des victoires, surtout ma premiere en coupe du monde que je n’arrive toujours pas à aller chercher, défendre le titre en France et le titre mondial sera aussi un bon pari, mais je ne suis pas quelqu’un qui s’arrête qu’aux résultats, même si c’est ce que beaucoup regardent uniquement ; si je suis rapide et satisfait de ce que je fais (sous réserve que ça soit proche du haut du podium… je suis aussi quelqu’un d’exigeant), c’est le top.

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Avec ce titre 2015 en poche et ton arrivée chez Specialized, c’est un nouveau gros chapitre de ta carrière qui s’ouvre. Mais avant d’en écrire les lignes, reparlons un peu de passé, et de Lapierre. Quelles années et quel chemin accompli ! Quels souvenirs garderas-tu de toutes ces saisons chez LP ?

Oui, j’ai passé 5 ans chez Lapierre, et j’ai passé 5 ans de fou ! Rencontrer et devenir ami avec mon idole Blenky, avoir de supers team mates comme Cam ou Pat Thome a été genial, me retrouver avec mon ami d’enfance Loris, le coach Laurent qui rejoint l’équipe… Tout ça fait que les moments passés étaient mémorables et particulièrement forts. On a tout connu : les hauts, les bas, les fous rires, les engueulades, les soirées arrosées, les coups de gueules des sponsors et des boss… Je garde un souvenir merveilleux de ces 5 années, c’est là que je me suis construit, partant de Junior 1 de Cagnes-sur-Mer avec certes un avenir qui semblait brillant mais on a su bosser pour le rendre épanouissant et aujourd’hui faire partie des meilleurs pilotes mondiaux… Merde !!! Qui aurait pu croire ça ?! J’ai beaucoup appris chez Lapierre, rencontrer de supers personnes, et écrit une sacrée page de ma carriere et de la leur. Aujourd’hui je sais que je donnerai beaucoup pour revivre certains moments comme la victoire du team sur la world cup de Leogang en 2013, ou la victoire du team au général de la coupe du monde à Méribel en 2014, plus tous les autres moments qui m’ont rendu si heureux…

Ca ne t’a pas fait un pincement au cœur de quitter la marque qui t’a lancé, de surcroît française ?

Si, j’ai eu du mal à me dire que l’on est arrivé a la fin du chapitre Lapierre. C’etait cool de représenter une marque française et d’avoir sorti un si bon vélo de DH. Je pense qu’on a amené beaucoup a leur image, et eux nous ont donné les moyens de faire tout ça. Mais je suis quelqu’un de trop sentimental sur certaines choses, et concernant cela, je me suis dit que le business ça marche ainsi… Lapierre n’avait plus besoin de nous, nous nous avons besoin de bons vélo et de bons moyens, et d’autres marques sont branchées Descente et jouent le jeu… Comme je ne comprenais pas pourquoi LP ne voulait pas continuer, je me suis dis que c’était tant pis pour eux et que ça valait mieux de se concentrer sur la monture d’un bon nouveau projet plutôt que de chercher à comprendre les décisions startégiques de LP. Je les comprends de mon œil d’étudiant en école de commerce, mais je ne les comprends toujours pas de mon œil de passionné. Bref, je garderai une super image de LP et l’on reste en très bons termes.

Bon, parlons un peu de 2016 maintenant. Loris, qui s’est illustré en fin de saison dernière, fait-il partie de la liste de tes principaux adversaires ? Et vers qui vont tes meilleurs pronostics ?

Oui, Loris a montré qu’il pouvait rouler très vite l’année dernière. Le nombre de pilotes capables d’un podium est élevé, donc c’est dur de donner un pronostic, mais bien sûr, tout le monde sera au rendez-vous à Lourdes, et ça va rouler plein fer, parce qu’il y a beaucoup de changements. J’espère que notre periode d’adaptation ne sera pas longue et qu’on sera de suite capable de rouler à notre meilleur niveau, mais les premieres places sont chères donc il va falloir se battre. Je met un billet sur Brosnan quand même.

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Personnage crucial de ton entourage : ton mécano Jack Roure. Parle-nous un peu de lui.

Jack est un sacré personnage, il a su gagner ma confiance en totalité et nous avons un lien fort entre nous, fait de beaucoup d’amitié mais aussi de professionalisme de temps en temps haha. Il me fait rire, t’imagine même pas ! Et c’est quelqu’un en or : quand il s’ouvre, il a le cœur sur main et peut aller chercher la lune si c’est la solution. Au début, on formait un trio de choc avec Blenky, comme 3 bons potes qui en bossent ensemble. On montait au start ensemble, on se mettait des cuites le soir, on dansait n’importe comment, et on est devenus ami à jamais. Même si aujourd’hui blenky roule pour une autre equipe, on se voit toujours sur les courses et on est resté proches. Je me rappelerai toujours de notre dernière course en Norvège en 2014 : à la soirée, on était tous les 3 à pleurer dans tous les sens parce que c’était notre dernière course ensemble. Et aujourd’hui il reste un duo de choc : Jack et moi. En plus de me connaitre mieux que je me connais moi-même, il connait tout d’un vélo et de ses secrets. Il est capable de réfléchir des journées entières sur un detail pour rendre le vélo, une vrai arme de guerre. Avec la télémétrie, le vélo ne peut plus rien lui cacher, comme il sait s’en servir, c’est utile et c’est surtout plus efficace sur les courses pour regler rapidemement le vélo. Il a toujours cette manie de vouloir se perfectionner et s’améliorer alors que ça fait déjà 15 ans qu’il bosse dans la Descente. En plus, il sait ce qui me fait plaisir : l’exemple le plus récent en date, c’est le vélo de malade mental tout chromé qu’il m’a préparé pour l’Andorre… une piece unique et qui m’a fait faire une attaque cardiaque quand je l’ai vue. Et puis il a autant envie de gagner que moi, presque plus que moi parfois, donc il pousse dans le bon sens. Il m’a dit une fois : “J’arrêterai le jour où tu enfilerai le maillot arc-en-ciel elite”. Et puis quand j’ai gagné à Vallnord, il m’a dit qu’il n’était pas prêt de s’arrêter. On a gouté à la bonne part du gateaux, donc j’espère qu’on est repartis pour un sacré tour ! De belles choses nous attendent c’est certain, des temps durs aussi, mais c’est quelqu’un que j’ai envie d’avoir a mes cotés dans tous ces moments.

La saison débute dans deux mois. Quel est ton programme cet hiver ?

L’hiver est déjà bien entamé, donc le travail a deja commencé, et là je suis parti en Californie pour mon stage chez 100% afin de garder un pied avec l’école et d’apprendre un peu le business avec la bonne équipe a San diego, et par la même occasion peaufiner mon entrainement là-bas, rouler avec le vélo, être plus proche de Specialized… et profiter un peu aussi. Ensuite, petit tour annuel en Nouvelle-Zelande pour du testing a Queenstown. Sur ce coup, c’est RedBull qui m’a bien aidé. Faire une course avant Lourdes, la Crankworx Roturua (ndlr: remportée par Loïc en 2015), et me reposer pour attaquer Lourdes au top. Voila, dans l’ideal, c’est comme ça que j’aimerais que ça se passe.

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Outre les coupes du monde, quelles compétitions as-tu mis à ton calendrier international. 

Je vais refaire les Crankworx, l’étape Europe a lieu aux Gets avec qui je m’entends très bien, donc ça va faire partie du programme. Peut-être une bonne Urban Dh du genre Taxco, j’avais deja bien envie cette année mais trop compliqué avec mes exams. Peut-être la RedBull Hardline aussi, mais ça reste très dangeureux donc à voir haha. Et j’aimerais bien aller a la Rampage mais en visiteur, pour voir et juger si c’est raisonnable de l’envisager sur le vélo haha.

Et localement, nous feras-tu l’honneur de participer à quelques épreuves dans le 06 ?

Si le calendrier le permet, il y a des courses comme la DH de Roubion qui me tiennent à cœur, et peut-être des enduros pas trop typés cross country !

Bon, bein tu sais ce qu’on te souhaite pour 2016 Lolo : au moins aussi bien qu’en 2015… Gazzz en grand !

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